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L’Algérie au bord de la faillite

Pendant des années, l’économie algérienne a fonctionné aux hydrocarbures, représentant 97 % des exportations. L’effondrement des cours pousse le pays au bord de la faillite.

On appelle ça le “syndrome hollandais“. Dotée d’un sous-sol riche en pétrole et en gaz, l’Algérie a construit son économie sur l’argent des hydrocarbures, Et cette machine, qui marchait tant bien que mal avec un pétrole au-dessus de 110 dollars le baril, est aujourd’hui à bout de souffle et menace de plonger le pays dans la crise.

Jusqu’à l’effondrement du cours de l’or noir en 2014, les hydrocarbures, qui représentaient 97 % des exportations du pays, rapportaient chaque année entre 40 et 50 milliards d’euros à l’État, De quoi lui permettre d’acheter la paix sociale, au sens propre. À chaque mouvement d’humeur de la population, le pouvoir met sur pied de nouveaux transferts sociaux: embauches massives dans la fonction publique quitte à proposer des emplois sans mission — les fonctionnaires représentent près de 20 % de la population active, contre 5 % chez le voisin marocain —, subvention des biens de consommation à hauteur de 20 milliards d’euros par an.

Même les Algériens qui ne travaillent pas pour l’État bénéficient de ses largesses. L’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej), destinée à soutenir la création d’entreprise, verse par exemple de l’argent à tour de bras au lieu d’accompagner des projets précis. Au point de faire dire à l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, lors d’un meeting en 2014, qu’il n’y avait aucun problème à ce que les fonds de l’Ansej soient utilisés pour payer, par exemple, un mariage: « Si un juge vous attrape et vous pose des questions, dites-lui que c’est moi qui vous l’ai permis! », avait-il lancé.

Le pétrole baisse, l’inflation s’envole

Avec l’effondrement des cours du pétrole en 2014, la machine s’est grippée. Le prix du baril a été divisé par deux et, pour compenser, l’État a commencé à piocher dans son trésor. Mais même cette possibilité arrive à son terme: de 200 milliards de dollars en 2014, les réserves de change ont fondu de moitié et sont désormais tout juste supérieures à 100 milliards. La seule solution pour redresser les comptes serait une hausse, durable et importante, des prix du pétrole. Mais celle-ci peine pour l’instant à se produire, malgré une légère embellie ces dernières semaines.

L’Algérie doit par ailleurs composer avec l’ingérence des États-Unis dont la présence dans toute l’Afrique s’intensifie, autant pour assurer leurs besoins énergétiques que pour contrer l’influence grandissante de la Chine. Discrètement, le président Trump pousse son pays à mettre la main sur les puits de pétrole algériens afin de garantir aux automobilistes américains une essence abordable.

Pour maintenir un semblant de stabilité, l’Algérie a donc tiré sa dernière cartouche et sorti la planche à billets. Avec les mêmes conséquences que dans les autres pays qui l’ont fait: l’inflation s’envole (officiellement, elle a atteint 7 % l’an dernier) et le cours des denrées alimentaires aussi. Selon l’Observatoire national des filières agricoles et agroalimentaires, le prix des pommes de terre a ainsi grimpé de 48 % de 2016 à 2017, celui des tomates de 52 %.

Si elle souhaitait se relancer, l’Algérie serait dans l’obligation de mener un programme de réformes importantes. Seul problème, personne n’est prêt à faire l’effort; ni les élites, qui ont la mainmise sur les rentes pétrolières, ni la population, qui bénéficie des transferts sociaux. Jusqu’à quand?

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Saad Idrissi

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