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Pétrole : la nouvelle flambée

Le prix du baril d’or noir a augmenté de 11 % en trois semaines. Baisse de la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), prochaine introduction en Bourse de Saudi Aramco, repli du dollar… Les raisons du rebond.

Le soulagement. C’est le sentiment que semblent partager les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), les États-Unis et la Russie après la récente remontée des cours du pétrole. Une augmentation de 11,4 % en trois semaines, qui a porté le baril de pétrole à 50 dollars.

Avec une justification récurrente: l’Arabie saoudite, désormais réconciliée avec les États-Unis, serait prête une nouvelle fois à baisser sa production. À cela s’ajoutent la baisse du dollar et les prévisions de croissance économique mondiale, revues à la hausse.

Interrogé sur la poursuite de la remontée des cours — et dans son sillage du prix à la pompe —, Christophe Dembik, analyste à Saxo Banque, apporte une réponse sans appel : le cours du baril évoluera cet été avec une extrême volatilité « du fait de débouclages de grosses positions sur le marché et d’un risque géopolitique accru au Moyen-Orient, et précisément au Qatar ». Sans compter les autres raisons fondamentales.

Les ventes de pétrole dopées

Reprise de l’investissement, de la production et du commerce international: la croissance mondiale est repartie à la hausse et avec elle la consommation de pétrole. Le Fonds monétaire international (FMI) a relevé deux fois depuis le début de l’année ses prévisions sur la croissance mondiale, qui devrait atteindre 3,5 % en 2017 contre 3,1 % l’année dernière.

Tendance qui devrait se poursuivre en 2018, à hauteurde3,6 %selon les prévisionnistes. L’économie chinoise, deuxième de la planète, devrait croître de 6,7 % en 2017. La croissance américaine devrait elle aussi être plus soutenueen2017 (2,3%contre 1,6%en 2016), tout comme celle de la zone euro: 1,7 % attendu. Résultat: l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit une envolée jugée spectaculaire de la demande mondiale de pétrole, qui atteindrait 98 millions de barils par jour.

L’Opep se serre la ceinture

La demande augmente, mais l’offre se restreint. Depuis novembre 2016, les pays membres de l’Opep ainsi que certains producteurs non membres, comme la Russie, se sont accordés sur une réduction de leur production quotidienne de 1,8 million de barils.

Cet accord quasi historique, reconduit en mai pour une période de neuf mois, a pour but de stimuler les cours du pétrole après leur chute des années 2014 à 2016. Seul bémol à cette entente: le Nigeria et la Libye, exclus de l’accord, et dans une moindre mesure l’Équateur, continuent d’augmenter leur production.

L’accord États-Unis – Arabie saoudite

C’est en Arabie saoudite que Donald Trump a effectué son premier déplacement international, le 20 mai dernier, marquant la fin du refroidissement des relations entre les deux pays sous la présidence Obama, après que les États-Unis s’étaient rapprochés de l’Iran, ennemi historique de la riche monarchie pétrolière.

Washington et Riyad ont annoncé avoir signé des accords d’une valeur de plus de 380 milliards de dollars, avec notamment des méga contrats de vente d’armes de 110 milliards de dollars à l’Arabie. Ce réchauffement pourrait être le signal du retour au vieil accord tacite entre les deux pays: accès aux ressources pétrolières saoudiennes pour les États- Unis et soutien américain à l’Arabie saoudite face à ses voisins.

Il pourrait également adoucir durablement la position de l’Opep, au sein de laquelle l’Arabie saoudite est influente, après sa guerre sans merci menée contre le pétrole de schiste américain, entre 2014 et 2016: pendant deux ans, les pays exportateurs ont ouvert les vannes de la production pour faire baisser le prix du baril jusqu’à rendre non rentable le pétrole de schiste américain, plus coûteux à extraire. Cette baisse des prix orchestrée a effectivement provoqué nombre de faillites de petits producteurs aux États-Unis.

L’introduction en Bourse de tous les records

L’Arabie saoudite veut faire coter jusqu’à 5 % du capital de sa compagnie pétrolière nationale, Saudi Aramco, à la fois à la Bourse de Riyad et à Wall Street et/ou à Londres. Le London Stock Exchange vient d’ailleurs d’accorder un régime de cotation sur mesure à Riyad pour pouvoir accueillir le géant saoudien.

L’opération, attendue au second semestre de 2018, sera la plus grosse introduction en Bourse jamais réalisée. Le royaume espère valoriser la compagnie 2000 milliards de dollars, ce qui en ferait la société cotée la plus chère au monde, loin devant Apple (788 milliards de dollars). Le succès de l’opération est conditionné à la bonne tenue des cours du pétrole. Un enjeu financier mais aussi politique majeur.

Le dollar affaibli

Une baisse du billet vert entraîne mécaniquement une hausse des cours du brent: un dollar moins cher rend en effet plus attractifs les achats de pétrole libellés en devise américaine. Après les récentes difficultés de Donald Trump à mettre en œuvre son programme de réformes, le dollar est entré dans une spirale baissière. Il est tombé, face à la monnaie européenne, à un plus bas depuis mai 2016, à 1,15 dollar pour 1 euro, et s’est aussi affaibli face au yen.

Et demain ?

L’AIE s’est récemment inquiétée de la chute des investissements dans l’exploration et la production d’hydrocarbures, qui entraînerait une chute de l’offre. Selon l’Agence, les investissements auraient baissé de plus de 1000 milliards de dollars depuismi-2014, soit une diminution de 26 % en 2016 et de 25 % en 2015.

Une mise en garde réitérée par le président-directeur général de Saudi Aramco, Amin H. Nasser, le 10 juillet, à Istanbul, lors du Congrès mondial du pétrole, qui s’est inquiété du fait que la production de brut après 2020 ne permettrait peut-être plus de satisfaire la demande. Les prix s’en trouveraient durablement élevés.

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Saad Idrissi

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